Les initiatives liées à l’IA et au secteur militaire pourraient prendre le pas sur celui des énergies renouvelables dans la Stratégie sur les minéraux critiques
Panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur : ce sont des technologies clés pour la transition vers une économie à faible émission de carbone. Or, leur production dépend de minéraux dont l’offre est limitée à l’échelle mondiale. Résoudre ce problème est l’un des principaux objectifs de la Stratégie sur les minéraux critiques du gouvernement fédéral. Cette stratégie vise à intensifier l’exploitation minière des minéraux que le gouvernement considère comme essentiels aux nouvelles technologies – dont certaines sont utilisées dans le secteur des énergies propres – grâce à des mesures telles que des investissements publics et des allègements fiscaux.
Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a même déclaré que « le leadership du Canada dans le secteur minier est aussi un leadership dans le domaine du climat », déployant ainsi des efforts pour présenter sa Stratégie sur les minéraux critiques comme une solution climatique.
Cette stratégie pourrait sembler prometteuse pour renforcer notre capacité à lutter contre le changement climatique. Cependant, le gouvernement fédéral donne une définition tellement large des « minéraux critiques » qu’une grande partie de ces nouvelles ressources pourrait être consacrée à des activités qui aggravent le chaos climatique au lieu de le freiner.
L’expansion des capacités en intelligence artificielle (IA) et dans le domaine militaire ne sont que deux exemples. Ces secteurs dépendent de certains des mêmes minéraux que ceux qui sont nécessaires au développement des énergies renouvelables. Le gouvernement fédéral les désigne également comme des secteurs ciblés par ses efforts en matière de minéraux critiques.
Les utilisations à des fins militaires sont particulièrement probables. Le gouvernement investit massivement dans le renforcement des capacités militaires du Canada et souhaite s’approvisionner en grande partie sur le marché intérieur pour les minéraux dont il a besoin à cette fin. Ottawa vise également à augmenter de 50% les exportations dans le domaine de la défense.
Le département de la Guerre des États-Unis est également un important consommateur et soutien financier des minéraux critiques canadiens. En 2024, le Pentagone a annoncé une subvention de 8,3 millions de dollars américains à Lomiko Metals pour un projet de mine de graphite à ciel ouvert au Québec, confronté à une forte opposition locale.
Les États-Unis cherchent également à constituer des réserves de tungstène, utilisé dans la fabrication de munitions et de blindages pour véhicules, en investissant plus de 42 millions de dollars canadiens dans le projet minier Sisson de Northcliff Resources au Nouveau-Brunswick et dans le projet Mactung de Fireweed Metals au Yukon.
Par ailleurs, le principal investisseur américain dans le projet d’exploitation d’éléments de terres rares de Torngat Metals, dans le nord du Québec, est Cerberus Capital Management – une société étroitement liée à l’actuelle administration américaine et à son département de la Guerre, comme l’a récemment révélé l’émission The Fifth Estate.
L’expansion des capacités militaires représente des menaces importantes pour le climat. D’abord, il est impossible de réaliser une transition rapide vers les énergies renouvelables si les minéraux nécessaires sont détournés vers la fabrication et le stockage d’armements. Le processus de production d’armes est par ailleurs notoirement polluant.
Il y a ensuite le coût climatique des activités militaires elles-mêmes. Même si les données sur les émissions militaires sont difficiles à obtenir, des estimations suggèrent que l’empreinte carbone mondiale du secteur militaire est supérieure à celle des industries de l’aviation et du transport maritime réunies. L’armée américaine est un émetteur de carbone particulièrement important : ses émissions estimées en 2022 dépassaient celles de 150 pays pris individuellement.
Le fait que d’autres pays puissent de plus en plus utiliser les minéraux du Canada pour renforcer leurs forces armées comporte des implications en matière de droits humains qui vont au-delà de celles liées aux changements climatiques. La possibilité que nous contribuions à des guerres d’agression et à des génocides devrait faire réfléchir quiconque — tout comme les répercussions sociales, économiques et sanitaires à long terme des atrocités de la guerre, qui rendent aussi les survivants plus vulnérables aux effets néfastes du chaos climatique.
Nous devons également tenir compte des risques encourus par les communautés ciblées par l’extraction ou la transformation des minéraux. En vertu de la nouvelle Loi visant à bâtir le Canada, le gouvernement peut déclarer certains projets d’intérêt national et limiter, voire contourner, les exigences en matière d’évaluation environnementale et de consultation des Peuples Autochtones.
Les communautés qui sont en première ligne en paieront le prix.
Nous devons rejeter l’écoblanchiment de la Stratégie sur les minéraux critiques par le gouvernement fédéral et prendre conscience des véritables menaces climatiques que représentent les projets de notre gouvernement.
Nous ne pouvons plus nous permettre de retarder davantage la mise en œuvre de mesures climatiques concrètes. Nous devons donner la priorité aux technologies à faibles émissions de carbone et veiller à ce que les minéraux extraits soutiennent une transition rapide et solide hors des combustibles fossiles. La « sobriété minérale », c’est-à-dire utiliser ce dont nous disposons déjà et n’extraire que le strict nécessaire, avec le consentement véritable des communautés autochtones et locales, constitue notre meilleur atout pour atténuer les effets du chaos climatique pour tout le monde.
Qu’y a-t-il de plus conforme à notre intérêt national ?
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