Les humains ont parfois la vue basse, ce qui peut être utile. Mais mieux vaut remarquer le tigre à dents de sabre qui nous guette que de se concentrer uniquement sur l’invention de la roue.
Toutefois, les soins de santé ne peuvent se permettre ce défaut. Il faut une vision et des investissements à long terme pour assurer la santé des générations futures.
Il existe de bons exemples de réalisations que cette approche rend possibles. Grâce à un engagement à long terme, le Québec a fait des progrès au cours des 50 dernières années dans certains enjeux médicaux urgents : cancer, cardiopathies, maladies pulmonaires. Cela est dû en grande partie aux innovations en recherche, prévention, diagnostic et traitements. Nous avons également observé des changements sociétaux dans les comportements liés au mode de vie, comme l’alimentation et l’exercice physique. Aussi, des lois et politiques favorables ont été adoptées.
Malgré cela, ces maladies demeurent les principales causes de morbidité et de réduction de l’espérance de vie au Québec. Nous pouvons en faire plus. La prévention de ces maladies doit être une priorité.
Alors que le gouvernement du Québec et ceux d’autres provinces reçoivent les premiers paiements des sociétés productrices de tabac qui ont créé une crise sanitaire, le Québec doit en investir une part importante pour prévenir et réduire le tabagisme, la dépendance à la nicotine, et le vapotage chez les jeunes.
Ces fonds proviennent du règlement historique de 32,5 milliards de dollars avec ces sociétés dans le cadre de poursuites gouvernementales et de recours collectifs. Collectivement, les provinces recevront 24,7 milliards de dollars. Des recours collectifs individuels et d’autres victimes recevront une indemnisation.
Le Québec pourrait utiliser ces fonds pour régler ses problèmes budgétaires. Cependant, il faut une planification à long terme favorisant une meilleure santé. Il est crucial que des fonds suffisants soient investis dans des plans et programmes de contrôle de la consommation de tabac et de produits à base de nicotine, y compris de vapotage, pour créer une génération sans tabac et nicotine. Nous devons protéger les futures générations contre de nouveaux préjudices, pas seulement gérer les conséquences.
La raison est simple, mais tragique. Les produits du tabac sont la principale cause de maladies évitables et de décès au Québec, tuant 13 000 Québécois chaque année. Plus de 860 000 Québécois fument, soit 12 % de la population de 18 ans et plus. Nous devons réduire la consommation de tabac afin que ces statistiques funèbres deviennent de l’histoire ancienne. Nous avons besoin de ressources et d’initiatives urgentes pour réagir au taux élevé de vapotage chez les jeunes, qui menace de créer une nouvelle génération dépendante à la nicotine.
La Stratégie nationale de prévention en santé témoigne de la volonté du gouvernement d’agir en amont. Il est maintenant essentiel de renfoncer cette volonté.
Une occasion de financement générationnel sans précédent permettant de changer l’avenir s’offre à nous. Il faut la saisir. Nous connaissons les méfaits du tabagisme depuis plus de 60 ans, et le règlement des poursuites n’a porté ses fruits qu’après des décennies de processus judiciaire.
Nous avons une rare occasion de réfléchir à long terme, d’investir dans la prévention, et de prendre les mesures nécessaires pour créer une génération sans nicotine et pour sauver la vie de Québécois dans un avenir prévisible. Le gouvernement du Québec doit utiliser des fonds substantiels du règlement pour prévenir et réduire le tabagisme, l’utilisation de la cigarette électronique et la dépendance à la nicotine.
Quel merveilleux héritage nous lèguerions!
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