Le drapeau canadien, les services de garde à 10 $ par jour, l’allocation canadienne pour enfants — autant de symboles emblématiques de l’héritage du gouvernement libéral — mais la prestation canadienne pour les personnes handicapées (PCPH) est remarquablement absente de cette liste. Cette omission souligne à quel point les personnes handicapées sont facilement oubliées dans les crises nationales et les célébrations de notre paysage politique.
Lorsque la Loi sur la prestation pour les personnes handicapées, présentée par le gouvernement libéral, a reçu la sanction royale en juin 2023, avec l’appui de tous les partis, elle promettait un changement transformateur pour des millions de Canadiens en situation de handicap. L’objectif déclaré de la Loi, « soutenir la sécurité financière des personnes en situation de handicap », est clair, convaincant et urgent.
Le règlement final sur la PCPH a maintenant été publié, dernier obstacle avant que ces prestations deviennent réalité.
Permettez-nous de célébrer ce moment et saluer le travail acharné de plaidoyer qui a permis la concrétisation de la prestation pour les personnes handicapées. Cette réussite témoigne du dévouement des parlementaires, de la société civile et, surtout, des personnes en situation de handicap elles-mêmes.
Il faut aussi reconnaître que la PCPH est loin de répondre aux besoins. Son montant, de 200 $ par mois, est insuffisant pour sortir quiconque de la pauvreté ; l’admissibilité est restrictive, liée au lourd crédit d’impôt pour personnes handicapées (CIPH), qui exclut de nombreuses personnes handicapées, et le risque de récupérations fiscales provinciales persiste, ce qui signifie que l’argent n’aiderait pas les personnes qu’il est censé aider.
Assurer une véritable sécurité financière aux personnes en situation de handicap exige plus que des engagements symboliques. Quel que soit le parti qui formera le prochain gouvernement, il devra renforcer la PCPH en augmentant son financement, en simplifiant l’admissibilité et en harmonisant tous les programmes fédéraux et provinciaux de soutien au revenu et aux personnes handicapées.
Pour les 1,6 million de personnes en situation de handicap au Canada en âge de travailler vivant sous le seuil de pauvreté, l’insécurité financière est une réalité quotidienne implacable. Nombre d’entre eux doivent faire des choix impossibles entre payer leur loyer ou se nourrir, payer leurs médicaments ou payer leur facture d’électricité.
Ces difficultés ne sont pas hypothétiques ; elles représentent le vécu de beaucoup trop de personnes en situation de handicap au Canada qui attendent, depuis des décennies, un soutien significatif.
Des personnes en situation de handicap, comme Stacie B., une mère de 46 ans, sous dialyse pour insuffisance rénale depuis 2018 en raison d’une maladie rare, se retrouvent dans l’impossibilité de se déplacer pour se rendre à ses rendez-vous de dialyse et sont contraintes de manquer des traitements essentiels; ou encore Dawna, une femme de 55 ans atteinte de sclérose en plaques, qui saute des repas faute de pouvoir se procurer les aliments et les médicaments dont elle a besoin ; elle oublie des rendez-vous importants en ergothérapie, faute de moyens financiers.
Ces difficultés ne sont pas des scénarios théoriques ; ce sont des réalités douloureuses vécues quotidiennement par de nombreux Canadiens. Les personnes en situation de handicap sont contraintes de faire des choix impossibles chaque jour.
La PCPH vise à alléger cette souffrance en fournissant une aide financière directe, permettant ainsi aux personnes en situation de handicap de vivre dans la dignité et de participer pleinement à la société. Il ne s’agit pas seulement d’un objectif politique ; c’est une bouée de sauvetage pour les personnes négligées par les systèmes de soutien du revenu actuels du Canada.
Pour beaucoup, l’allocation de la PCPH, si elle est financée et mise en œuvre correctement, pourrait faire la différence entre l’isolement et la participation communautaire / entre l’angoisse constante de la survie et la liberté de planifier l’avenir.
Le leadership du premier ministre Justin Trudeau a joué un rôle déterminant dans l’obtention d’un soutien parlementaire unanime au projet de loi sur la PCPH. La finalisation du règlement consolide cette réalisation comme l’une des avancées les plus importantes en matière de politique sociale de l’histoire récente du Canada. Elle démontre également la détermination transpartisane du gouvernement à honorer ses engagements malgré les turbulences politiques.
C’est un bon début. Mais le prochain gouvernement, quelle que soit son allégeance politique, devra s’efforcer de renforcer la prestation.
Les personnes en situation de handicap se retrouvent souvent marginalisées face à des priorités concurrentes et à l’incertitude politique. Nous ne devons pas laisser cela se produire.
En tant que femmes handicapées accomplies, nous exhortons tous les partis politiques à s’engager explicitement à mettre fin à la pauvreté liée aux personnes en situation de handicap et à veiller à ce que les personnes en situation de handicap ne soient pas oubliées par les menaces de tarifs douaniers ou les réductions budgétaires annoncées par le gouvernement.
Sans une prestation de soins de santé adéquate et accessible, d’innombrables personnes en situation de handicap au Canada resteront prisonniers de la pauvreté, incapables de subvenir à leurs besoins fondamentaux ou de vivre dans la dignité.
Alors que le Parlement se dirige inévitablement vers des élections, les personnes en situation de handicap ne devraient pas être laissées pour compte une fois de plus.
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